Sortez-moi de moi – ou l’importance d’un pseudonyme

Aimer un prénom jamais assigné à aucun visage. L’aimer pour ce qu’il signifie dans ses sonorités et dans les images qu’il éveille. Le désirer de toutes ses forces, l’attirer à soi, le porter, se bercer de ce prénom-là jusqu’à n’y trouver plus, en chaque lettre, en chaque paysage sonore, que le plus triste mais aussi le meilleur de soi. S’y forger une sorte d’éden privé. Garder malgré tout secrètes les envies qu’il rameute et la confiance en soi qui, on se le jure, ne fera plus défaut tant qu’il nous masquera.
Nous masquera.
Placer ce prénom-là en sentinelle sur son visage, afin qu’il empêche les horreurs de jaillir par les yeux, la bouche, à cause de l’importance que revêtent « les-yeux-la-bouche », comme chemins privilégiés empruntés par ce qui nous échappe.

Briller, alors. Scintiller fort sous sa cape de crispation.
Etre Justine pour ne jeter au monde que le jetable au monde -on dit : le « présentable ». Se montrer sous un jour potable.

 

Et ne garder que les déchets, l’intimité la plus précieuse, la tant honnie, celle que l’on sent barboter en soi comme un monstre… Un monstre qui pourtant, de cent manières, nous fait bouillir, vibrer, de ces drôles d’énergies sans flammes, inexprimables sinon par le jeu des gestes et des mots ; mais ces derniers, pour spontanés qu’ils soient, s’étirent déjà en détours et par là même, manquent leur cible. S’envolent sans contenu aucun.

 

Ce qui subsiste alors, fou d’indicible , s’en veut se mord, fait gondoler la peau d’une manière aussi désespérante qu’elle est vitale.

On se retrouve à dire : je ne me sens exister qu’en matière écoeurante. De l’informe hurle en moi, rien que de l’informe face à quoi, sous quoi, en quoi je ne pèse plus rien. Que faire. Le total rejet qui m’habite vient s’échouer en sourire vague et m’achève, embrassant malgré moi mes lèvres. C’est à ce moment que j’implose : les soirs où je suis la plus belle, les jours où je suis la brillante, à chaque surface de moi polie, admirée ou complimentée, je me sens faussaire, épouvantable bête à l’horreur condensée en elle, insoupçonnablement plus hideuse que jamais, incognito et transparente. Qui m’a connue derrière Justine ? Qui m’a trouvée, qui m’a haïe ?
Aimer un prénom jamais assigné à aucun visage ressemble à une excuse. Se l’attribuer relève de la provocation. Quelque chose qu’on s’accorderait en toute immoralité*, un répit interdit au coeur de la guerre, une zone de « frei » comme on disait, enfants, pour mettre en pause le jeu du « loup ».

Voilà qui est Justine. Ma vraisemblance. Et tant pis si ça n’est pas clair.

Elle présente le résultat d’un tri draconien en moi-même. Le bon pour elle et le mauvais en moi. Une vision des choses à la Disney, en somme. Un partage de jaloux. Binaire. Ma part de chance en mare de boue.

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*mais crachons sur la bien-pensance

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