Une promesse de neige

Tu me hantes comme une promesse de neige que le ciel retiendrait. Tu vas t’épandre loin d’ici, le paysage aura couleur de lait, il se sentira fort sous ton tapis d’amour et moi, je serai loin, à te crayonner cent visages que tu perdras tout aussi vite (aucun d’eux ne t’ira vraiment), à imiter ta voix en pensée pour t’entendre à nouveau en moi, à te construire des bras imaginaires en couvertures, que je nouerai à ma taille pour “faire plus proche” au plus profond de ton absence.
Je suis un vieux château, tu sais, un château qui souvent s’écroule mais un lieu vivant de fantômes, parcouru des mille toi rêvés, chantés, nommés, portés pendant tous ces siècles de vie, depuis que sans la voir je connais ta peau mieux que tout.
Depuis toi, j’ai l’impression de faire dix fois ma taille d’avant mais d’être encore bien trop petite, bien trop spontanément naïve, si bercée d’inculture et de fraîcheur gamine… J’ai beau être déjà bien vieille, je ne tiens pas ta route, demain déjà je rougirai de mes gestes et mots d’aujourd’hui, je me dirai : « petite ! petite ! petite ! » et me cacherai sous les draps.
Puisque tu es si bon, tu viendras me chercher, l’air amusé au coin des lèvres. Tu soulèveras le drap, diras des choses a priori légères, « ne sois pas bête », « tu boudes ou quoi ? », mais tout à fait le genre de mots souriants qui abattent la honte, et lorsque je serai revenue contre toi là où il fait si doux, je prendrai brutalement conscience du vide qui s’étend sous mon corps, de la nuit magicienne où je vois se mouvoir des formes que je fais tiennes mais dont tu ignores tout, du manque vengeur fiché en moi au plus poignant de l’éternité.
Cela ne durera pas, d’ailleurs. Tu réapparaitras la seconde d’après comme si de rien n’était. Et je me trouverai bien au chaud dans des bras qui rassurent, avec un doute lancinant quant à ta présence véritable.
Ma vie se débat dans un cadre lézardé de disparitions.
Ainsi me hantes-tu, sans fin, à la manière d’un ciel farceur. D’un ciel qu’on croit pouvoir frôler alors qu’il plane bien au-delà des bonds que l’on fait pour l’atteindre.

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