La pensée sauvage – déc. 2011

La pensée sur commande (avec livraison dans des délais convenus d’avance) ne me réussit guère. Elle se dessèche et se recroqueville sous mes exhortations, mes appels la renfrognent ; lorsque je l’attrape par la main elle se fait plus inconsistante qu’une vapeur ou qu’un spectre ; elle recule devant moi, s’éclipse sous les portes, fuit les heures que je lui consacre.
C’est tout comme un poulain. Je dois tenter une autre attitude face à elle. Je me fais dédaigneuse. Soudain tout compte, sauf elle : j’ouvre des livres de toutes sortes, je respire à tous les parfums, je chante sur tous les airs possibles, je lui tourne le dos elle ne fait plus partie des meubles… C’est tout à fait comme un poulain. Les mêmes détalements prompts, les airs farouches tant surjoués. Les grands yeux fauves, désabusés, lorsqu’elle s’arrête au loin, hors de souffle, sans que personne n’ait pris la peine de se lancer à ses trousses. Le même pointement des oreilles. Puis elle s’approche, d’un petit pas prudent, pleine d’une curiosité qu’un seul mouvement d’impatience de ma part pourrait faire voler en éclats. Elle est souvent longue à venir. Lorsqu’elle affleure enfin, je fais mine de la découvrir.
C’est toujours l’histoire d’un cheval, il y a toujours des voix et des instances en soi, dont la proximité nécessite un acclimatement ; et ce ne sont pas des zones que l’on domine jamais. Il faut sentir, apprendre l’angle sous lequel elles se rendent accessibles, deviner sur quel mode elles réclament à venir au jour. Elles doivent pouvoir nous emboîter le pas, non sous la contrainte mais par désir.

J’admire ces gens dont les pensées semblent obéir aux moindres consignes extérieures, ou à l’impulsion d’une lubie.
Ici, c’est différent. Mes idées sont de vieilles sauvages. Les essentielles m’échappent. Elle se détachent à contrejour, éparpillées dansantes derrière un mille-feuilles de vitres qui m’empêche d’y atteindre ; tandis qu’il m’en jaillit de plus modestes sous les paupières, sans rapport avec rien, lors des nuits dont je gratte les fonds d’obscurité dans l’espoir d’un peu de sommeil.

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