Retour

Rentrer « chez soi ».
Avoir des gestes de là-bas dans la maison d’ici.
Se heurter à tous les détails : trouver les lavabos trop bas, les clenches trop hautes, la porte du lave-vaisselle d’une légèreté déconcertante, l’eau épaisse, calcaire, sablonneuse, les fenêtres tirées en longueur comme des cernes de clown triste, les couloirs resserrés, les murs imperceptiblement décalés – assez toutefois pour s’y cogner plusieurs fois en mettant au compte de la fatigue ces réflexes déréglés.

Laissé à la mémoire, le plan de la maison s’est tout permis. Il a ramolli comme de la cire chaude, il a inséré des blagues aux coins des chambres et au plafond, s’est éloigné du plan patron tel un navire à la dérive. Où serait-il rendu si je l’avais laissé courir ? Quels courants l’auraient emporté ? Quelle forme aurait-il prise encore ? Quel souvenir de la maison me serait resté dans dix ans ? Peut-être une image heurtée de partout, abreuvée d’autres lieux et de nouvelles lumières, délestée de la sensation d’étouffement (d’enfermement) qui a griffé ces murs pendant cinq longues années.

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