Club house

Une pièce pleine de poussière. Trois adolescentes sont assises sur des fauteuils crevés entre le poêle et la fenêtre. Elles mangent du chocolat. Elles disent des noms les uns après les autres, avec l’air de s’en occuper, de les voir tout à coup gonfler dans l’espace et occuper une place près d’elles. On devine peu à peu qu’elles parlent de chevaux. Au départ on hésite, on ose à peine y croire tant elles semblent leur prêter une écoute, une pensée qu’ils n’ont pas. Mais cela se confirme. Quoi d’autre possède une crinière ? Qui gratte ainsi le sol de son petit sabot ? Et peut-on brouter, renâcler, fouailler de la queue ou hennir si l’on n’est pas cheval ?
On élargit alors le regard jusque là concentré sur les trois demoiselles. On l’ouvre à la pièce tout entière. Dans le mur opposé au poêle, on découvre une ligne de vitres qui donnent sur un manège où trottent quelques chevaux. Eh bien ! Nous fûmes longs à réaliser. Une lumière caramel fuyant du manège vient lécher le plancher du bout de ses rayons. Dedans planent de petits grains blancs, troupeau de poussière sage, éparse, qui ne touchera jamais terre.
Les jeunes filles assises dans cette pièce ont la vie devant elles. L’une a servi aux autres un gobelet d’eau fraîche, et cela leur suffit. Elles sourient doucement tout en continuant à causer. Plus tard elles se lèveront, elles ouvriront la porte qui donne sur la fournaise d’août, et elles se dissoudront dieu sait comment dans l’éblouissement du dehors.

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