automne par procuration

Ma petite Jade, réunionnaise, n’avait jamais vu les saisons et réclamait l’automne : couleurs, odeurs, distance au ciel… Il a fallu que je raconte, que je m’applique sous (et malgré) son regard d’enfant, rieur, mêlé d’un fond doux-grave, à tout refaire en mots. J’ai désigné l’azur. Nous y avons lancé des cordes à tous les coins puis nous l’avons tiré à nous jusqu’à mi-ciel ; après quoi Jade, sur la pointe des pieds, stylo gris à la main, a pu le colorer selon mes instructions, dissipant çà et là des lourdeurs, lissant quelques paquets d’ozone, jouant sur les nuances du blanc à l’argenté. Il s’est mis à pleuvoir. Je lui ai raconté les troncs noueux et forts où la sève s’endort. La main que l’on y pose, leur réponse râpeuse à la paume. Nous touchions le sommeil des arbres. Les feuilles luisantes de broussine ont roussi tout à coup. Elles se sont détachées des branches, sans bousculade, dans l’accompagnement d’une brise de passage. Un chuchotement de kraft froissé rampait sur les trottoirs. Nous en avions jusqu’aux genoux et ma Jade s’envolait, riait, semeuse d’élastiques qui dira tout à l’heure qu’elle n’a « pas fait exprès » quand on la trouvera ébouriffée tout au fond du jardin.

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