A Monsieur Jacques C.

Je n’entre pas dans vos souvenirs de la mère. Vous n’en n’êtes pas dupe : l’histoire que vous écrivez se construit sur l’imagerie convenue de n’importe quelle histoire ; de n’importe quoi ; toute mère est bonne à dire pour ne pas raconter la vôtre, avec les dimensions embarrassantes que vous savez. On aboutit alors à un accolement de vignettes.

Je vous trouve abstrait en amour. Du moins, impersonnel. L’histoire que vous rapportez (celle de ce livre uniquement) n’a pas d’atmosphère propre. Je me trouve dans ce livre comme dans un manuel – en marge. Dans le même temps, j’y suis impliquée plus que de raison, à cause des énumérations qui m’exaspèrent mais que je devine être les billes éparpillées d’un gamin en plein tâtonnement, et des constats, terribles de dureté, que vous dressez.

Certaines formules sont belles : « dans la prison de l’être, la cave de l’être aux yeux de ciel » – mais ce sont des formules. Elles restent en retrait de la mère. Elles froissent dans le cœur de qui lit des régions étrangères à toute mère, qui appartiennent à l’amour de plus tard, à l’affection prenant en compte la mort avant la mère.

Vous avez été jeté au-dehors de l’amour filial. Une mère – la mère de personne – vit. Vous vous collez à la vitre derrière laquelle elle évolue. Quelquefois, vous tournez le dos. La mère soupire, s’affaisse. Vous la voyez mourir depuis la vitre. Lorsque tout est fini, vous poussez la fenêtre, qui n’était pas fermée, et vous ressentez quelque chose qui vous pousse à écrire ce livre.

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