mise en questions

Tes encouragements du 9 septembre, même indirects, me sont d’autant plus précieux que je les relis après le séisme provoqué par les remarques de C. au sujet de mon texte. Séisme intérieur suivi de répliques.

Question épicentrique : est-ce que je joue lorsque j’écris ?

Questions répliques : si je joue, est-ce mentir ? si je mens quelque part, est-ce inauthentique pour autant ? est-ce mal ? et quelles sont les limites de la spontanéité que l’on nous vante tant ?

Il n’y aura pas de réponses ici. D’abord, je dois me relever.

La secousse m’a marquée. Ainsi, la voix de tout mon cœur sonne « forcée », « maladroite » (oh, je trébuche de tout mon cœur !), c’est irrémédiable. On ne peut pas prescrire une paire de béquilles à chaque lettre. Les majuscules, en début de phrases, n’avalent pas les Efferalgan. Rien à faire. Mes textes sont cassés. Ma grammaire grabataire. Toute l’histoire que j’essaie d’assembler dans cet appartement fictif (à cheval entre l’appartement réel, l’appartement vécu et l’appartement fabulé), toute cette histoire penche, boite, tousse et souffre d’émiettement. Plus je vais la travailler, plus je vais la mentir. Elle ne peut pas sortir comme un cri de la gorge. Ce n’est plus le souffle sans filtre venu des poumons. Je la module mais elle m’échappe. J’essaie de l’attraper par un pan de sa veste que je cloue au centre d’une feuille. Elle ricane et le tissu craque. A nouveau, je bondis vers elle. Elle ne se tient plus là où je la voyais. De temps en temps – c’est le hasard – je parviens à saisir son poignet, sa cheville ou son cou. Elle est tiède contre ma paume, je l’agrippe à deux mains pour la tirer à moi, elle résiste, est-elle folle d’ainsi de débattre, je la retiens de tout mon être, avec mon souffle, à en devenir bleue, mais elle se liquéfie et fond et fuit, s’échappe. Cette même poursuite inlassable se joue et se rejoue chaque soir d’écriture. L’absence aiguë de ce que je croyais, de ce que je voulais ! Le visage de mon cri remplacé par un clou sur une feuille et l’humidité de mes mains. Ce clou, ces larmes, pourtant les témoins déchirants d’une bataille qui s’est tenue là. Ecrire, c’est la guerre d’une partie malicieuse et inattrapable de soi contre l’autre partie, celle qui tient le stylo. Comme une sorte de chasse à l’ours : qui a vu l’ours ? personne !

Je jure que l’ours existe. J’essaie de raconter de quelle façon, de quelle couleur, où et comment. Ce qu’on ne saura pas, à me lire, c’est « pourquoi ». Mais le portrait de l’ours, on l’a, dussé-je réinventer une partie de la patte selon mon souvenir et le contour qu’en voudront bien donner les mots ; oui, l’ours, on l’a, grondant comme il était, fidèle à la trouille qu’il m’a causée. D’aucuns diront qu’il n’y était pas pour de bon, que de le matérialiser revient à vous mentir ; que savent-ils de mon cœur broyé ? de quoi croient-ils que je m’abrite dans ces cabanes de lettres tout juste bonnes à éponger l’averse ?

Je dis vrai et je mens. Je brode un hurlement.

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