à la saison des chevaux bleus

A cette époque encore, l’hiver habitait dans nos os

nous étions des enfants de glaise et de petits matins givrés, jamais rebutés par une botte de paille à sortir de la grange ou par des chandeliers à déplacer dans les carrières

nous dansions autour des chevaux avec les nuages de vapeur

il y avait en nous une lueur incomparable

nous nous moquions allègrement de l’alignement des parents devant les vitres du club house – de leur abattement sous les manteaux nocturnes – de leurs mines déconfites – nous nous moquions d’un continent que nous n’accosterions jamais, celui des traits tirés, des « il faut » et des « c’est l’heure de »

nous étions la victoire anticipée des batailles encore à venir

sales et bleus – qui portions la neige dans nos bras avant de la lancer – qui glissions par jeu sur les pentes gelées

et même à genoux nous étions debout
jusque dans le sommeil et dans la maladie, nous ne cessions, par la pensée, de prendre notre élan

et lorsque nous nous enfoncions dans les forêts glacées au rythme des chevaux, un sifflotement, à notre passage, faisait frémir les branches nues

Une réflexion sur “à la saison des chevaux bleus

  1. Oublier l’heure ou la mépriser superbement, le rappel à l’ordre qui sonne comme un réveil matin (ou un coup de pied dans les fesses) en plein songe d’après-midi… Le plus précieux de l’enfance, quoi !

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