15 février 2014


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retour au doux après des marches et des marches pour grimper dans le vieux Québec, après être passés devant un escalier dont le nom, que j’ai oublié, signifiait l’épuisement, ou au contraire quelque chose comme « de la vigueur » ; retour au doux après le froid venu s’installer sous les vêtements – après les bains de neige, pour tous ces téméraires aux peaux rouges et aux yeux luisants – après les queues de castor à la cannelle – après que l’on s’est dit que nous ne ferions pas la queue pour visiter le palais de glace – après que l’on s’est installés autour d’un feu de bois dont la fumée me venait faire pleurer les yeux – après que j’ai vu avec tristesse des mains jouer ensemble – après une danse sur la chanson du carnaval et après une attente infinie de quelqu’un qui devait venir, qui était en route, et toute une bûche a eu le temps de se brûler, et le feu de mourir durant ce temps – retour au doux après qu’on m’a prêté des moufles grosses comme des gants de boxe – après le chemin de neige qui conduit dans les hauts de Québec, sur une colline blanche surplombant la lente promenade du fleuve – la dérive des blocs de glace grise – le château Frontenac, rouge et monumental, dressé comme un étalon en bord de terre – au loin, si loin, le pont qui semble une ficelle – le pont fragile – le pont dont on connaît pourtant l’aplomb, pour l’avoir dévoré des yeux à notre arrivée par les fenêtres du car – retour au doux après un lait chocolaté – après la patinoire, petit diamant blanc dans l’écrin des rues – nous passons sous des arches de pierres, nous longeons des bâtiments coquets qui en côtoient d’autres, sévères, mais avec lesquels ils partagent un même rêve minéral – il y a le pub anglais, ensuite, plus bruyant que l’enfer, où l’on joue un blues que jamais je n’aurais qualifié de blues – où ce type du Massachussets s’assoit près de moi, et cela devient tout un jeu de lui apprendre à dire des choses françaises – vient enfin le temps de rentrer – nous remontons jusqu’à la place du carnaval, bondée avant le défilé – je pourrais m’effriter d’angoisse mais M. et C. me tiennent les mains tandis qu’E. nous fraie un chemin dans la foule noire et grise – nous descendons ensemble d’innombrables escaliers – je songe pour la seconde fois de la journée à l’ascension semblable dans la ville de Genève, il y a quelques mois, quand c’était d’autres escaliers, d’autres températures, d’autres yeux et pourtant le même essoufflement – puis la douleur aux mains quand le vent d’altitude vient les lécher un temps – un champ de neige que l’on traverse en bondissant, en y tombant, à quatre pattes on en a jusqu’aux cils – il y a ce banc sous la neige, que l’on devine par le dossier qui en émerge un peu – j’y trouve un bloc de glace que je porte sur quelques mètres –  et ce sera le seul bloc de glace de ma vie – après quoi, dans le car, nous bavardons Guinée, Maroc, Egypte, toutes latitudes chaudes qui sont les bienvenues – mes yeux se ferment – il fait nuit noire lorsque nous retrouvons Sherbrooke – retour au doux
confidences avec M.
odeur persistante du feu de bois dans mes cheveux
les quatre livres achetés, déballés, chéris
un biscuit à l’avoine et une infusion pour dormir
il va être deux heures du matin

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