14.02.18

Nancy a ressorti son attirail de sondes, de seringues et de technétium 99m. Les jours là-bas ont finalement la forme d’un entonnoir. Glisser, glisser, faire coulisser l’un face à l’autre les deux trottoirs de la rue Henri Poincaré devenue ton jouet ; et l’emprunter au pas de course, y trébucher tant tu vas vite, te retenir à des façades qui fondent sous tes paumes comme du sable, la remonter semaine après semaine avec les rendez-vous qui se rapprochent, comme la rue du docteur Grandjean s’approche de la Place Thiers, en traversant le parc à toute allure sans même le regarder, dans ce trajet toujours le même, de la rue à la place, couru, à travers une foule de fantômes inarrêtables qui voudraient bien te faire tomber dans l’allée mais qui n’y arrivent pas.

Tu passes de salle d’attente en salle d’attente. Dans les cages d’escaliers ça sent la pisse et le moisi, le désinfectant et l’adrénaline dans les couloirs de la clinique, et lorsque tu apprends qu’il faudra retirer le bracelet colombien qui ne te quitte jamais, une grimace naît en toi que tu as peine à réprimer. Voilà le portrait de Nancy. Celui qu’après bien des années passées à tenter de lui pardonner, tu dresses avec dégoût. Rien n’est plus Nancy que le sang qui siffle dans tes veines et brusquement qui coagule en caillots de lave noire.

Ne sois pas si sévère avec cette ville, qui n’y peut rien, malgré ses doigts crochus et la poussière de mauvais jours qui lui plâtre les rues. Je ne peux plus voir la vie que tu menais ici, mais Nancy qui appuie sa neige à la fenêtre, oui – c’est là tout son visage, cette neige est son seul regard, la seule chose qu’il faille retenir. Avec ce regard, tout est bu, les joues sont vidées de leur sang et blanchissent instantanément. De petits animaux marchent au bord des gouttières. Réfugie-toi dans leur douceur. Une perruche fait lever les têtes vers un arbre du parc. Il y a des cabanes, des nids, des musiciens. Et toi tu passes. Tu cours. Nancy n’a pas bougé. Elle aura toujours ses faux cils et ses oiseaux dans les cheveux ; elle va t’attendre derrière la fenêtre de chaque salle d’attente où tu mettras les pieds, en te tirant la langue – mais t’attendre et, au fond, n’est-elle pas la seule à le faire ?

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