30.3.18

Sera-t-il un jour possible de s’installer en soi, blotti comme au fond d’un panier entre les draps de ses paupières
Ou de se voir tiré de soi par une main magique – sorti des salles en feu de soi, évacué des immeubles en chute libre de soi, repêché dans les flots de soi, amputé des nécroses de soi
Quand pourra-t-on se dire : mais la nuit est finie
Finie
La nuit est traversée, ce couloir vide, les ponts qui vous enjambent, tous les ponts et toutes les nuits, chaque seconde un pont de nuit

Tu marches et qui le sait ?
Tu franchis des lignes, qui le voit ?
La rue que tu remontes est tout entière à ces questions
C’est d’embrasser d’un seul coup d’œil le temple neuf et la cathédrale éclairés – et d’avancer si jeune entre les pierres qui t’enregistrent et te restitueront plus tard, sous forme d’atmosphère muette, à d’autres jeunes, de nuit, le cœur en bandoulière, quand ton époque et toi ne serez même plus un souvenir

Dans une lumière d’autrefois ta ville est un crève-cœur

Tu ne sais pas ce que veulent dire les rires qu’à tout bout de champs tu égrènes
Tu as le rire vide, nécessaire, mécanique, extérieur, poli, ça y est tu deviens de la pierre qui bouge et qui avance, ou l’une de ces poupées imbibées d’alcool sur les ponts, comme auparavant tu pus être une poupée de peur, sa fuite, une poupée pour le silence – on t’a cousue pour imiter l’humain, sans articulations, poupée, chiffon, caillou vulgaire d’être à la fois si nu et maquillé

Tu joues de la musique mais ça refuse d’être de la musique, ça se fout de ta gueule, quel bruit ! jusqu’à ton chant qui crisse et qui déraille vers les notes que la maladie de l’hiver dernier t’a fait perdre
Le tissu de la voix s’est troué pour toujours
Il fait illusion auprès des inconnus et des amis peu attentifs, mais d’autres te demandent : où est passé ton si bémol ?
Ca t’a glissé de la bouche ; le si bémol ça s’est barré, sauvage, c’est tombé dans le caniveau pour n’en plus remonter, on organise tous les matins et tous les soirs des battues pour ton si bémol, mais il ne reviendra jamais le si bémol perdu, et perdu pour toujours (toujours !), ça donne l’impression de tomber

Un printemps arrive sur ces entrefaites
Sa lenteur de train las à l’approche des grandes gares
Un printemps rigolard qui s’essuie les pieds sur le paillasson, qui cogne le cœur, qui fait demi-tour, qui revient – un printemps, oui, comme ça, plus affligeant qu’une porte à double battant quand elle s’ouvre en grinçant, dans une lenteur douloureuse d’être à ce point lente, lente et lente
Un printemps que l’on tue, c’était le poignard en pleine gorge mais il n’a rien senti d’être tué – et les joyeusetés qui le parcourent savent la musique, elles, et portent la lumière, et pour ces raisons vous sont une blessure qui retourne sur vous la mort et vous la jette en confettis

Tu as vieilli

Tu t’es assise en plein milieu – de quoi ? – quelle importance !
C’est autour, c’est dedans, c’est loin.
Les trains jouent à te contenir et à te déposer, la nuit te digère ou te crache – on devine une valse dans les rues qui tiédissent, trois temps, toujours, éperdument trois temps : autour, dedans, et loin.

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