18.10.2018

L’automne est malade cette année. Il a la fièvre, il rit dans son délire, il se dresse dans son lit, repousse les couvertures et insiste pour traverser le couloir sans aide. A sa manière de jouer les gaillards, on devine qu’il va mal. Tout le monde s’en trouve un peu gêné : beau-temps-n’est-ce-pas-? s’accompagne d’une moue d’inquiétude. A Metz, l’automne passe sur ses lèvres craquelées une langue gonflée par la soif. Sur la côte sétoise, il assène des baffes d’eau salée à la route de la corniche, des baffes hautes de six mètres, massives comme des immeubles. Nous constatons ébahis cette sortie de rail, nous qui avons connu l’enfance de l’automne routinier, bien portant, toujours un peu taiseux, errant en ciré dans les brumes. Il en va de l’automne comme du chat : un matin, le changement d’habitudes témoigne d’une douleur informulable. Le chat ne gémit pas, ne pleure pas, ne criera jamais. Le chat, par excellence, détruit avant la lettre les missives de sa faiblesse. On apprend à lire un automne comme on apprend à lire un chat, entre des lignes qui n’existent pas, attentif aux soleils brûlants et à la permanence suspecte de ses ronronnements. A ceci près que l’automne est une bête sauvage. Les vétérinaires qui l’auscultent en sont réduits à l’expression de leur épouvante. Les entrailles de l’automne pendent à travers l’entaille qui lui barre le ventre. Les vétérinaires hurlent et hurlent. Impossible disent-ils, de rien guérir sans le concours d’un propriétaire de l’automne, fantasmé par facilité, qui lui administrerait à heures fixes un traitement miraculeux. Il n’y a pas de propriétaire tout comme il n’est pas de miracles. La terre agonise à nos pieds dans une crise de lumière. C’est un automne absurde comme ce pourrait être un orage ; une torsion des saisons, un ciel défiguré. La chute au ralenti d’une masse de fourrures et de feuilles, de lithosphère et de magma, de six insoulevables kilos élevés à la puissance vingt-quatre – et qui pour y porter remède ?

*

Tout aussi grave est la souffrance de celui qui, mis à l’épreuve, menace de s’effondrer mais dont les constantes vitales demeurent au beau fixe, que de celui qui a déjà cédé. Comment vas-tu, l’automne, dans notre dos à tous ? Quelle âme de toi s’est défenestrée en cachette ou s’apprête à le faire ? Quelle petite balle bleue et terre tombe dans l’univers à travers une ligne de vitres qui éclatent à son passage ?

Publicités

Une réflexion sur “18.10.2018

Vous avez des choses à dire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s