27 juillet 2020

Ce soir est aussi doux que possible. N. m’a invitée avec plusieurs autres collègues et a fait les merveilles qu’elle sait faire en cuisine. On a regardé Montigny passer du doré à l’orange depuis le cinquième étage. Le vin blanc allumait nos verres sur la table et quand on les soulevait, des reflets jouaient sur les murs. C’était une soirée du plus bel été. On a parlé de fleurs sauvages, d’enfance en Méditerranée, de ces gens qui ont des bateaux – les journées qu’ils passent sur la mer.

Finalement, mon verre s’est éteint. Il a cessé de faire trente degrés à l’ombre. Avec la brise qui s’est levée dans l’appartement traversant, on s’est rappelé le temps qui passe. « Déjà !», a dit quelqu’un. « Il commence à faire bon ». Les linguistes nomment fonction phatique ce moment où, polis, on est déjà partis sans l’avoir encore annoncé. Un long rituel de cet ordre se déroule aussi sur le seuil, tant qu’on part sans partir.

Plus tard, je suis pieds nus sur mon balcon – un perchoir de sept mètres un peu navire un peu vaisseau. Je l’arrose pour le rafraîchir. La nuit vient comme un long baiser. Dans ce baiser-là je suis un peu triste, sans savoir de quoi. D’être debout peut-être dans un tel attendrissement d’air ; ou de la pointe aiguë qui malgré tout subsiste au fond du vent si tiède et si fondant.

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Metz – Juillet 2020

Une réflexion sur “27 juillet 2020

  1. La fonction principale de la littérature, me semble-t-il, c’est de restaurer le vécu réel ou possible sous un angle tel que les petites parcelles de bonheur partout répandues en quantités infimes, se mettent à scintiller. C’est comme extraire de minuscules paillettes d’or du limon d’une rivière. On ne soupçonnait pas leur existence mais sitôt qu’on les aperçoit, tout reprend sens en fonction d’elles.

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