26 septembre 2021

Photo : août 2021

Chère Silencieuse,

Tu voudrais changer de prénom.
La loi l’autorise, mais d’une manière qui ne prend pas en compte le fond de la démarche. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un acte qui touche à l’être – les gens disent « à l’identité », mais quelque chose dans l’identité forcée vient dégrader l’être.

Changer de prénom est un geste d’existence qui suppose une série de questions : à quoi puis-je répondre ? par quoi je me sens concerné(e) ? quels mots me disent, me portent, me portraitisent, me miment ou me nuancent et lesquels me menacent ? Devant quels mots vais-je m’évanouir ? lesquels s’évanouissent en moi ? Quels mots font un bruit de cymbales plus fort que les bruits de la rue ? Comment doit-être le mot qui m’appelle pour que je te regarde sans colère quand tu le prononces ? Et pour que j’y réponde ? Et pour que dans le regard que je te rends, il y ait la place pour autre chose que la blessure d’avoir été appelée comme si je n’existais pas du tout, d’être imposée à moi ? quel mot ne me chiffonne pas dans un coin ? lequel ne me perd pas en route ? dans quel mot puis-je me supporter ?

Si tu pouvais changer de prénom, tu opterais pour : pas de prénom.

Mais la loi ne l’autorise pas. La loi ne plaisante pas avec la dénomination. Que tu sois malade dans ton prénom, c’est ton affaire, tu peux bien te tordre dedans, passer au travers, la loi ne tient pas compte de cet aspect des choses. Tu peux en vouloir à tes parents mais s’ils n’avaient pas été là, l’institution aurait pris le relais et tu aurais été nommée. C’est le rôle du tissu social pour intégrer les éléments qui feront maille en lui.

Il est obligatoire d’avoir un prénom, voilà tout.

Tu atterris sur Terre avec.

Sans nom, tu perds ta carte pour passer parmi les humains. C’est la première chose, le nom, qu’on demande partout. Et si tu n’en as pas, tu n’es même pas un animal parce qu’on les nomme aussi, même pas une plante, même pas une pierre.

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