7.11.17


la petite église du village, perchée sur la colline, pleure ses clochetons en gamelles

on dirait les deux cents mégères à l’unisson qui traîneraient des casseroles dans la grand rue

le son de ces chagrins d’automne a les accents du cuivre et de la rouille

il faut s’imaginer ce que c’était, d’entendre depuis la forêt les pulsations lointaines, prudentes du village qui tinte

on se figure mal, quelquefois, ce que vivre de loin veut dire

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2.11.17

Tout a une mémoire. Les rues, les livres, les histoires qui sont dans les livres. Il existe des villes interdites : on n’y met plus les pieds sous peine de se noyer. Comme il y a des livres interdits (il ne faut plus y poser l’œil) et des mots interdits (il ne faut plus les dire) et des noms, des gens, des objets, des pensées, des inflexions de voix. Jusqu’au monde entier, un beau jour. Avalé par le grand chagrin de ne plus être fréquentable.

28.10.17

Il est tard, il vente au-dehors, d’un vent qui dit alternativement oui et non, chaud et froid, rouge et bleu, toujours plus oui, toujours plus non, plus chaud, plus froid.

La nuit se défait fil à fil.

On tire un mot en l’air, que l’on pensait chargé à blanc mais qui détonne et les voisins sont aux fenêtres.

Les voisins se penchent aux balcons.

Il pleut des voisins, des voisins, dans la nuit tout effilochée.

Alternativement haut et bas, rire et pleurs, nuit et jour dans le vent qui passe.

28.5.17

La maison regorge d’astuces pour que Silencieuse s’y enferme. Quand on rentre de l’incendie (ce mois de mai qui brûle, dehors, les toits, les peaux, les routes), cette maison nous accueille avec ses caresses de mains fraîches dans une pénombre rose et verte.

Il y a quelque chose, dans son silence, d’une pause.

Dehors, c’est midi blanc. Les voitures au bord de la route reflètent de petits soleils crus qui nous vrillent les yeux. C’est midi lourd d’une rumeur dont on ne sait d’où elle provient. Personne alentour, rien qui ne bouge visiblement.

Mais le silence de la maison est autrement plus pur.

Dans le silence de la maison, on entend quelque chose comme « ne le dites jamais ». Lorsqu’on y est seul, la peau s’ouvre et l’on sort de soi. On occupe instantanément tout le volume disponible, comme si les murs faisaient office de nouvel épiderme.

C’est du moins ce que croit Silencieuse, qui nous rappelle chaque jour à quel point dedans la repose et dehors l’épuise. « Dedans, c’est la maison qui fait tout le travail de me contenir ; je deviens une forme, j’accède à l’unité. » Selon elle, cet état vole en éclats sitôt qu’elle passe la porte pour sortir. Le long de la rue, lorsqu’elle veut exprimer comment elle part en miettes, elle dit « je nous efforçons de rester l’une seule » en versant à ses pieds une poignée de poussière. « Qui sont-je ? », demande-t-elle encore, et de son regard ahuri chacun se garde bien de rire.

C’est de cette manière que la maison la tient. Comme dépendance et comme architecture psychique. Silencieuse n’a de certitude que les poutres maîtresses entrecroisées dans la partie supérieure de son crâne. Rassemble-moi, ordonne-t-elle à la maison, sur quoi les murs vacillent, se fendent, l’enserrent.

Jalousement, jour après jour, la maison garde cet enfant.

Et tendrement les volets battent, et dans l’été qui cogne, Silencieuse trouve un réconfort.