Une étoile de Maïakovski – mai 2012

Vous proposez de la poésie aux gens, mais la plupart d’entre eux passe sans s’arrêter, n’a pas le temps, prétend s’en moquer ou ne respire peut-être déjà plus depuis des siècles.
Que Maïakovski raconte les étoiles ou qu’Aragon attise de rouges lueurs au cœur, rien ne semble leur importer. C’est à croire qu’ils n’ont pas le ciel où ranger ces étoiles et qu’ils ne savent qu’en faire, alors qu’ils les laissent là. En plan.

Les poèmes sont des paysages recroquevillés en bourgeons. Ils dorment à poings fermés. On peut les jeter à tous vents : leur voile gonfle, un poumon s’étire, ils font de grands signes à l’adresse des passants encore amarrés. Mais souvent, rien à faire ; le cœur est semé sans réponse, pour un univers qui le croque.

Un moment vient où, dans l’indifférence générale, un pilier bascule en vous. Remettre en question son propre sentiment n’a rien d’anodin – son propre sentiment par rapport à la poésie.

Vous vous interrogez :
Ne serait-elle pas là où vous pensiez la voir ? – Ou est-ce le chant du sens qui a passé de mode ? – Ou êtes-vous aussi jauni, fripé, fini que ces poèmes vers quoi vous inclinez ; et vivez-vous dans l’illusion d’un livre qui n’existe pas ?
Toute une nuit, ça tourne vous, puis au matin c’est surmonté. Vous êtes assis en bord de route, des poèmes plein les mains, et amoureux des mots que vous copiez et prononcez ; amoureux au sens foudroyant, asphyxiant, survoltant, affolant, dévorant et total du terme. Amoureux comme dit Barthes, à les vouloir savoir par cœur, à les répéter à qui veut, ne plus envisager de vie dépouillée d’eux. Peut-être, amoureux, comme on est parfois traversé d’un frisson joyeux qui propulse en gestes et mots ; d’une exclamation électrique ; d’un courant d’euphorie à quoi rien ne résiste, et qui entraîne le corps comme un tronc mort.
Alors le poème reprend droit. Ancre en chair sa nécessité, comme pulsion de survie. Et brille comme une étoile. Une étoile de Maïakovski.

Ecoutez
(écrit par Vladimir Maïakovski / traduit du russe par Elsa Triolet)

Ecoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont à quelqu’un nécessaires ?
C’est que quelqu’un désire qu’elles soient ?
C’est que quelqu’un dit perles ces crachats ?
Et, forçant
la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu’à Dieu,
craint d’arriver trop tard,
pleure,
baise sa main noueuse,
implore –
Il lui faut une étoile ! –
jure
qu’il ne peut supporter ce martyre sans étoiles.
Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d’être calme.
Il dit à quelqu’un :
« Maintenant, tu vas mieux, n’est-ce pas ?
T’as plus peur ?
Dis ? »
Ecoutez !
Puisqu’on allume
les étoiles –
c’est qu’elles sont à quelqu’un nécessaires ?
c’est qu’il est – indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins une étoile ?

Un arrière-goût d’été – Eric Dubois

Un arrière-goût d’été

Automne débutant

La géométrie du mica

La sonnerie d’un portable

Pas de mesure à l’oubli

La recherche de détails
quand l’histoire se troque

Sans rendre la monnaie

Octobre 2011


Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie dont entre autres « L’âme du peintre » ( publié en 2004) , « Allée de la voûte »(2008), « Les mains de la lune » »(2009) aux éditions Encres Vives, « Estuaires »(2006) aux éditions Hélices ( réédité aux éditions Encres Vives en 2009), « C’est encore l’hiver »(2009) et « Radiographie » (2011) sur www.publie.net, « Entre gouffre et lumière » (2010) chez L’Harmattan ,« Le canal », « Récurrences » (2004) , « Acrylic blues »(2002) aux éditions Le Manuscrit. Participation à de nombreuses revues. Textes inédits dans les anthologies Et si le rouge n ’existait pas ( Editions Le Temps des Cerises, 2010) et Nous, la multitude ( Editions Le Temps des Cerises, 2011), Pour Haĩti ( Editions Desnel, 2010) , Poètes pour Haĩti (L’Harmattan, 2011)… Responsable de la revue de poésie en ligne « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d’Eric Dubois ».

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Vous pouvez aussi lire mon texte chez Eric Dubois, ici.
Si vous ne savez pas en quoi consistent les vases communicants, vous pouvez lire ici la petite description qu’en ont faite leurs auteurs (et que j’ai « lâchement » recopiée pour ma présentation de rubrique).